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Comment créer vos KPI (Indicateurs clés de performances)

10 janvier 2022·7 min de lecture·Romain

J’ai longtemps trouvé qu’on parlait des KPI de manière un peu abstraite.

On explique ce que c’est, on aligne quelques exemples classiques, on parle de dashboards, de taux de conversion, de NPS, de DAU/MAU, puis on a l’impression d’avoir avancé.

En réalité, le plus dur n’est pas de trouver des chiffres à suivre. Le plus dur, c’est de choisir des indicateurs qui aident vraiment à décider.

Parce qu’un KPI n’est pas juste un nombre élégant dans un tableau de bord. C’est un angle de lecture sur ce que vous êtes en train de construire.

Et si cet angle est mal choisi, vous pouvez très bien mesurer beaucoup de choses sans mieux comprendre ce qui se passe.

Le vrai problème avec les KPI

Le problème, ce n’est pas que les équipes ou les builders ne suivent pas assez de chiffres. Souvent, c’est l’inverse.

On suit :

  • le chiffre d’affaires
  • le trafic
  • le taux de conversion
  • l’activation
  • la rétention
  • parfois le NPS
  • parfois encore quelques métriques internes de delivery

Puis on finit avec un tableau de bord qui donne une impression de sérieux, mais qui n’aide pas toujours à agir.

Pourquoi ?

Parce qu’un KPI utile n’est pas seulement un chiffre important. C’est un chiffre relié à un objectif clair, à une vraie question et à un type de décision.

Si un indicateur ne vous aide ni à comprendre, ni à choisir, ni à corriger, ce n’est probablement pas encore un très bon KPI.

C’est quoi un KPI, au fond ?

La définition simple reste la bonne :

Un KPI est un indicateur clé qui vous aide à savoir dans quelle mesure vous avancez vers un objectif.

Mais cette définition reste incomplète si on ne rajoute pas quelque chose d’essentiel :

un bon KPI ne mesure pas seulement un état. Il éclaire une action.

C’est pour ça que certains dashboards impressionnent sans être vraiment utiles. Ils donnent une sensation de maîtrise. Pas forcément de la clarté.

Tous les KPI ne se valent pas

Quand on construit un produit, un service ou une activité, on peut mesurer beaucoup de choses. Le sujet n’est donc pas : "qu’est-ce qu’on peut suivre ?"

Le sujet est plutôt : "qu’est-ce qui mérite vraiment d’être suivi, compte tenu de ce qu’on essaie d’améliorer ?"

On peut distinguer plusieurs familles.

1. Les KPI business

Ils aident à comprendre si l’activité fonctionne globalement :

  • chiffre d’affaires
  • rentabilité
  • marge
  • nombre de clients
  • qualité du pipe commercial

Ils sont utiles, mais souvent trop macro pour piloter seuls un produit ou une expérience.

2. Les KPI produit

Ce sont souvent les plus utiles quand on veut comprendre ce qui se passe réellement côté usage :

  • activation
  • rétention
  • fréquence d’usage
  • DAU/MAU
  • usage d’une fonctionnalité
  • temps d’onboarding

Ce sont souvent eux qui permettent de relier plus finement une décision produit à un comportement réel.

3. Les KPI d’exécution ou de delivery

Ils aident à piloter la manière dont l’équipe produit :

  • vélocité
  • temps de cycle
  • délai de livraison
  • qualité des mises en production

Ils peuvent être utiles, mais ils deviennent vite trompeurs si on leur donne trop de poids. Une équipe peut livrer vite et livrer les mauvaises choses.

Ce que j’ai appris avec les KPI

S’il y a une idée que je retiens, c’est celle-ci :

on choisit souvent des KPI comme on choisit des objets rassurants.

On prend ceux que tout le monde connaît. Ceux qu’on peut facilement afficher. Ceux qui donnent le sentiment qu’on pilote quelque chose.

Mais les KPI les plus connus ne sont pas toujours les plus utiles.

Parfois, un builder ou une équipe gagnerait plus à suivre :

  • le temps nécessaire pour atteindre un premier moment de valeur
  • le pourcentage d’utilisateurs qui terminent une étape critique
  • le nombre de retours négatifs récurrents sur un même point
  • la part des nouveaux utilisateurs qui reviennent dans les 7 jours

Autrement dit, un bon KPI est souvent plus proche d’une vraie friction produit que d’une métrique prestigieuse.

Comment créer de bons KPI

Je ne crois pas qu’il existe une formule magique, mais il y a une logique assez saine.

1. Partir de l’objectif, pas du tableau de bord

Avant de chercher un indicateur, il faut clarifier ce que vous essayez d’améliorer.

Quelques questions utiles :

  • qu’est-ce qu’on veut réellement obtenir ?
  • pourquoi est-ce important ?
  • qu’est-ce qui nous ferait dire qu’on progresse ?
  • quelle décision devra être prise à partir de cet indicateur ?

Si l’objectif est flou, le KPI le sera aussi.

2. Vérifier que le KPI permet une action

Un bon KPI doit vous permettre au moins l’une de ces choses :

  • confirmer une intuition
  • détecter un problème
  • prioriser une amélioration
  • corriger une dérive

S’il ne produit aucune décision concrète, il vous informe peut-être, mais il ne vous aide pas vraiment à piloter.

3. Rester spécifique

Les KPI trop larges sont souvent les moins utiles.

Par exemple, "augmenter la satisfaction" est une direction. Mais ce n’est pas encore un KPI.

En revanche :

  • réduire le temps d’onboarding de 20% d’ici 3 mois
  • augmenter l’usage d’une fonctionnalité clé de 30%
  • faire passer le taux d’activation de 25 à 40%

là, on commence à tenir quelque chose de mesurable.

4. En suivre peu, mais bien

À force de vouloir tout couvrir, on produit un système de mesure qui finit par perdre sa capacité de signal.

Mieux vaut quelques KPI bien choisis qu’un cockpit de chiffres que personne ne lit vraiment.

Le format SMART est utile, mais pas suffisant

Le cadre SMART reste utile pour formaliser un KPI :

  • spécifique
  • mesurable
  • atteignable
  • réaliste
  • temporel

Mais il ne faut pas lui demander plus que ce qu’il peut donner.

SMART aide à formuler. Il n’aide pas, à lui seul, à choisir le bon indicateur.

Le vrai travail reste en amont :

  • qu’essaie-t-on de comprendre ?
  • qu’essaie-t-on d’améliorer ?
  • à quoi ce chiffre va-t-il servir ?

Le piège du dashboard sans contexte

Un KPI hors contexte devient vite un chiffre mort.

Si vous affichez un taux de conversion, un NPS ou un ratio DAU/MAU sans expliquer :

  • pourquoi il compte
  • ce qu’il mesure réellement
  • ce qui influence ce chiffre
  • ce que vous ferez s’il bouge

alors vous avez surtout mis un nombre sur un écran.

Le dashboard ne remplace pas l’interprétation.

Et parfois, dans certaines équipes, le vrai problème n’est pas un manque de data. C’est un manque de lecture commune de la data.

Ce qu’il faut retenir

Si je devais résumer en une phrase :

un bon KPI n’est pas un chiffre important. C’est un chiffre qui aide à mieux décider.

Quand vous créez vos KPI, n’essayez pas d’abord de faire “comme il faut”. Essayez plutôt de rendre votre produit, votre activité ou votre système un peu plus lisible.

Demandez-vous :

  • qu’est-ce que j’essaie vraiment d’améliorer ?
  • quel signal me dira si j’avance ?
  • et qu’est-ce que je ferai concrètement si ce signal bouge ?

À partir de là, les KPI deviennent beaucoup plus intéressants.

Ils cessent d’être un décor de pilotage. Ils commencent à devenir un outil de décision.

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